Quel avenir pour l’hébergement ?
À l’heure où le prix des serveurs dédiés atteignent le prix de certains hébergement mutualisés ou serveurs virtuels, où on compte l’espace d’hébergement par Go, la bande passante par To, on peut se demander comment va évoluer ce secteur ces prochaines années.
Comment les hébergeurs vont-ils se démarquer dans ce secteur à forte concurrence, et à quelle repère le client doit-il se fier ?
Je vais tenter de décortiquer ce domaine selon mes expériences, connaissances et avec ma vision de l’hébergement.
Hébergement mutualisé
L’hébergement mutualisé se sépare en plusieurs type, l’utilisateur lambda ne les voit pas et pourtant c’est fondamental :
- LAMP ou équivalent: Il s’agit d’un modèle d’hébergement très en vogue il y a quelques années et qui est encore très présent, surtout pour les petits hébergeurs. C’est une solution qui regroupe tous les services sur un serveur : serveur web, ftp, mail, bases de données, dns,… C’est très pratique pour l’hébergeur car il voit immédiatement où il en est. Il a un serveur qu’il loue ou a acheté tant d’euros, il paie tant pour l’héberger (selon qu’il loue le serveur, la baie, etc…) et il place tant de clients dessus.
Cette solution fonctionne très bien pour les petits sites peu gourmand en ressources (site persos, vitrine,…), par contre dès que les sites ne sont plus équilibrés rien ne va plus. Il suffit qu’un site demande beaucoup de ressources MySQL (bases de données) ou envoie une newsletter à des milliers de personnes ou qu’il ait une vague de spam pour ralentir tous les clients. Au moindre pépin, tous les sites hébergés dessus sont impactés mais pas le reste du réseau (à moins qu’il s’agisse un problème global comme une panne réseau, une attaque, etc…). Les ralentissements sont aussi présent lors de la mise à jour des services ou du système, etc..
Comme tous les services sont sur le même serveur, les temps de latences sont quasi nulles.
Bref, c’est vraiment le modèle de base de l’hébergement mutualisé, tout va bien tant que personne n’abuse et que les services sont stables. Par contre, il est difficile d’exploiter pleinement les serveurs avec cette solution et point de vue évolutivité, c’est nulle, comment changer les ressources du serveur (ram, disque dur, processeur,..) sans stopper les sites ? Et c’est tout de suite la galère pour changer de serveurs. En principe on remplit le serveur, une fois qu’il tourne bien on le touche plus et on entame un autre tout en espérant que les clients seront bien tous fidèle le temps d’amortir le serveur et d’engranger des bénéfices.
Pour conclure pour cette solution, je dirai qu’elle est bien adaptée pour se lancer sur le web (site persos, etc..) à bas coûts.
- Cluster : Au niveau supérieur, on passe à une autre échelle : plus question de dépendre d’un unique serveur. On vise plus de performances, de stabilité, de tolérances de panne, d’évolutivité. Pour cela la solution est de se baser sur un cluster. Pour simplifier, on peut dire que c’est un ensemble de serveurs qui forment ensemble un serveur virtuel.
Schéma de base : Un serveur répartit les requêtes entrantes sur le serveur qui a le moins de requêtes et qui est en ligne, ce second serveur (qui fait tourner le serveur web) va chercher les fichiers sur un serveur de fichier, exécuter les pages demandées (donc requêtes vers un serveur base de donnée) et renvoyer le tout à l’internaute.
Comme je l’ai dit précédemment, le cluster est bien sur plusieurs points (à condition qu’il ait été bien monté et pensé) : tolérance de pannes (il détecte les défaillances, ignore les serveurs en défaut, bascule sur des serveurs de secours ce qui permet une très haute disponibilité), est évolutif (on peut rajouter des serveurs à gogo, augmenter l’espace de stockage,..), etc…
Son défaut est le prix : pour bénéficier de ces tolérances de pannes il faut sur dimensionner les serveurs pour éviter les ralentissements lors de pannes, avoir des serveurs « inutilisés » prêt à basculer si l’autre tombe en panne (heartbeat).
Ce type d’hébergement permet de proposer une grande variété d’offres, d’évoluer facilement mais requiert un gros investissement initial.
Pour ma part, cette deuxième solution est bien plus intéressante, de par sa capacité évolutive, la facilité d’intégration de nouveaux services, sa tolérance de pannes et bien d’autres choses encore. Mais à petite échelle son prix est bien supérieur à des solutions basiques, par contre à très grande échelle on devient très rentable. Nombre d’hébergeurs en cluster se base sur l’overselling : il propose une grosse quantité d’espace disque, de bande passante ce qui va attirer les clients (pourquoi payer le même prix chez lui alors que là-bas j’ai dix fois plus d’espace disque ?), mais très peu de clients consomment davantage qu’une fraction de ce qu’ils paient donc l’hébergeur sait qu’il ne prend pas beaucoup de risques. Et de toute manière en mutualisé, dans la quasi-totalité des contrats une clause mentionne le plein pouvoir de l’hébergeur d’annuler n’importe quel contrat sans avoir à se justifier, pratique pour se débarrasser des clients qui consomment plus, ainsi ils ne gardent que ceux qui sont rentables.
À vrai dire, les prix et offres sont le sommet de l’iceberg chez les hébergeurs. La face cachée contient la qualité de services, la disponibilité, les performances et… le support ! Un aspect souvent négligé jusqu’à ce qu’un problème se présente. Le temps et la qualité des réponses varient énormément d’un hébergeur à l’autre. Il est nécessaire de le tester avant de souscrire à une offre. Mais attention, souvent le support commercial et client est distinct. Heureusement qu’il y a la période satisfait ou remboursé durant le ou les premiers mois pour revenir en arrière. Une recherche sur les avis clients (pas la page témoignage de l’hébergeur) est souvent révélatrice. Dans tous les cas il vaut mieux contacter le support commercial par mail en leur demandant leur type d’infrastructure, un lien vers un phpinfo, quelles restrictions ils ont, si il est possible d’avoir une ip dédiée pour mettre en place un certificat ssl, etc… ainsi on évite une partie des surprises tout en testant la réactivité et la qualité du support.
Quels points prendre en compte pour du mutualisé ?
Les critères dépendent de votre site, de vos attentions, de vos moyens, de vos attentes, etc… si c’est un site perso, inutile d’être trop exigent et à ce niveau presque tous les hébergeurs possédant une réputations sont à la hauteur.
Mais dès qu’il s’agit d’un site connu c’est une autre chose ! Le point le plus important à mon avis, c’est la relation de confiance entre vous et votre hébergeur. Il doit avoir une bonne politique de communications : vous annoncer le moindre problème, les travaux bien à l’avance, être toujours à la pointe de la sécurité en appliquant immédiatement les correctifs, vous aviser si il détecte une activité anormale de spam sur votre site (faille d’injection de mail dans les formulaires,..). Certains poussent à même à examiner les requêtes sql lorsque vous consommez beaucoup pour vous aider à les optimiser plutôt que de vous mettre à la porte.
Pour ce genre de suivi, le choix d’un hébergeur de niveaux international n’est pas intéressant, il vaut mieux lui préférer une petite boîte qui affectionnent leurs clients.
Certains hébergeurs misent sur une grande qualité de service en sur dimensionnant leurs installations et connectique et d’autres en ayant toujours un pas d’avance sur le plan technologique (en supportant tel ou tel langage).
Pour garder une certaine indépendance, il peut également être judicieux de prendre ses noms de domaines chez un autre hébergeur ou registrar.
Donc pour résumer : Une bonne relation avec le client, des serveurs et un réseau de qualité, des services à jours et c’est l’amour pour toujours !
Serveur dédié :
Dans le milieu du serveur dédié, on trouve de tout et de n’importe quoi et ici, la qualité du support est très importante. On distingue à nouveau de plusieurs genre d’hébergeurs :
- Low-Cost: Il s’agit d’hébergeurs qui font dans la quantité, ils proposent des serveurs très bons marchés. Si la qualité est souvent au rendez-vous, ne vous attendez pas à un support en or, souvent temps de réponses de plusieurs jours (que c’est long lorsque le serveur est hors-service) et réponses type. Cette solution est idéale pour découvrir le monde du dédié (pas cher, pas d’engagement, etc…). Mais il est risqué d’y héberger du contenu précieux sans prendre des précautions.
- Infogéré: C’est une solution qui commence à se répandre de plus en plus lorsque l’offre est typée : l’hébergeur vous livre le serveurs avec une liste de services installés et fonctionnels (souvent avec un panel de contrôle) et automatise les mises à jours. Parfois il vous propose en plus des tickets d’intervention de 15 min par exemple ce qui vous permet de lui demander une intervention personnalisée. C’est un type d’offre qui est plus cher naturellement, surtout lorsque des interventions sur-mesure sont réalisées. Mais au moins la bonne marche de vos sites est assurées.
- Sur-mesure: L’hébergeur vous assemble un serveur sur-mesure. L’avantage c’est qu’il sera adapté à vos attentes et en général vous avez un contact direct avec l’hébergeur, gage de qualité. Naturellement il faut mettre le prix.
- Housing: Vous achetez votre serveur et vous le faîtes héberger dans un centre de données. Selon la situation géographique, la connectique et la place que vous louez, vous payerez bien plus cher qu’un serveur en location, cette solution paraît très souvent comme extrêmement cher par rapport à la location car les acteurs low-cost du marché nous font perdre tous repaires avec leurs offres. Il est en effet dure de concevoir que 100mbits garantis en connexion de qualité en housing coûte environ 1000€ alors qu’il existe des serveurs à 20€ avec 100mbits.
Ce que les clients oublient souvent avec le housing, c’est que l’informatique ça marche rarement sans anicroches pendant plusieurs années, il faut aussi avoir des pièces de rechanges accessibles et pouvoir accéder facilement au datacenter (accès 24/24 7/7 c’est bien, mais lorsqu’on est à 500km de lui c’est pas très pratique), et demander à un technicien de réaliser l’intervention signifie une belle facture. Bref, ce n’est pas par là qu’il faut entrer dans le monde du serveur dédié.
Comme les serveurs dédiés sont de plus en plus accessibles, plus en plus de gens sautent dessus pour payer moins cher que leur mutualisé. Sauf que… sans connaissances, pas évident d’exploiter un serveur dédié de façon optimale, alors on saute sur les interfaces de gestions graphiques rassurantes et parfois chers.
De nouveau, pour distinguer un bon hébergeur, on se fiera à la qualité de son réseau, de ses serveurs, des avis des utilisateurs, des fonctionnalités mise en place (mode rescue, réinstallation, ip fail-over, backup, vpn, monitoring, variété et versions OS, reboot à distance, possibilité d’améliorer sa machine en augmentant la ram, disponibilité du raid, nombre d’ip,…) ainsi qu’à la qualité du support (réactivité, sérieux, écoute, joignable,…).
Conclusion
Que ce soit en mutualisé ou en serveur dédié, les performances sont directement dépendantes des processeurs et autres composants hardware. Ceux-ci évoluent rapidement et pour rester sur le coup, les hébergeurs doivent sans cesse s’en équiper. Cela pose problème aux hébergeurs dédiés car le client, oubliant le proverbe si ça tourne, ne change rien n’hésitera pas à avoir davantage pour le même prix. Ce qui fait que l’hébergeur se retrouve avec quantité de serveurs dépassés et invendables. S’ils sont habitués, il pourront recycler le serveur avec un nouveau processeur.
Dans tous les cas, ce qui démarque à présent les hébergeurs, ce sont les prestations et fonctionnalités car c’est l’aspect le plus visible commercialement. Côté client ce qui compte le plus c’est le support, mais c’est un des côtés le plus coûteux de l’hébergement, donc on passe facilement au-dessus.
Pour finir, je n’ai pas pu réaliser l’article que je voulais car c’est difficile d’utiliser des termes trop techniques sans en poser une définition auparavant. Il faut savoir que les types de mutualisés présenté précédemment ne sont pas des modèles neufs, ils sont vieux et rodés. Actuellement les technologies ont beaucoup évolués et certaines comme les NAS/SAN, fiber channel, SSL VPN et autres ouvrent la porte à de nouveaux concepts qui pourraient révolutionner l’hébergement à condition de les maîtriser et de les utiliser intelligemment. L’utilisation de nouvelles plate-formes pourraient permettre également de proposer une variété de services bien plus exotiques qu’actuellement, mais les hébergeurs ont de la peine à oser, surtout lorsque l’on sort des chemins balisés (il suffit de voir le temps que les hébergeurs ont mis à passer à PHP5 ou encore MySQL5, peu de monde ose aller de l’avant).
Alors, qui osera ?